"Désirant et sidérant, si possible..." dit-elle.


"Désirant et sidérant, ...si possible !" dit-elle.

jeudi 2 juin 2016

Regards






Ils déblaient l'ordinaire 
et lavent leurs yeux 
avec des mots. 
Quand ils posent des questions
ils possèdent déjà les réponses subsidiaires.








mercredi 18 mai 2016

Marche en crabe



 On se sent incapable de remonter l'horloge.
On met un pied devant l'autre,
une marche en crabe
sur des chemins dessinés de travers,
on jurerait qu'ils penchent. 
Dans le blanc des marges blanches,
le vide d'un puits qui n'existe pas.
Un cordon de nuages clairs passe
sur les jambes, sur les mains,
les gestes d'hier soudain collés à ceux d'ici,
absorbés par le corps,
comme dissous
dans l'angle mort de la conscience. 


samedi 30 avril 2016

Les feux de la misère








 Sur le côté de la vitre, près de la portière,
Tu vois…
…des entrelacs de fils, 
des ferrailles tordues ou des croix, 
pareil, c’est pareil, 
des linges qui durcissent au vent, 
des morceaux d’étoffes t’es pas sûr, 
plutôt des fantômes d’oiseaux, 
des ailes d’oiseaux déchiquetées, 
des lambeaux de matières organiques, 
ce qui reste d’un bec, d’une patte, 
ou bien l’ongle d’un doigt. 
Une tente à deux pas des voies ferrées. 
Une, ou bien deux, 
des hommes dessous, 
et le bruit des trains pour tuer celui du froid. 
Ils font des feux. 
Tu as lu quelque part qu’ils faisaient des feux,
tenaient leurs mains au-dessus d’un brasero, 
qu’ils s’en brûlaient les chairs, 
leurs peaux noires après presque toujours, 
la peau noire toujours sur la blessure, 
même après le froid et le brasero, 
la même blessure encore brûlante, 
même après le printemps, 
toujours le noir dans la peau, 
qui ne lâche rien de la peau, 
tache toute la paume et le charnu des doigts, 
trace une sorte de nuit et du froid, 
quand même c’est plein jour dans l’été qui brûle, 
un feu venu d’en-haut cette fois, 
mais au creux des mains 
toujours une braise carbonisée et des cendres, 
comme une encre folle.


Texte extrait de "Seulement la vie, tu sais" 
éd. Rafaël de Surtis
mon recueil paru en 2013










                                                         
                                                             
      

mercredi 27 avril 2016

Peut-être




Dans le contrejour,
le reste du monde perd 
de son importance.
Je suis tellement vivante
à la lumière de tes yeux fermés.






                           

                             

samedi 23 avril 2016

Attention fragile !





Quelqu'un passe sur le trottoir. 
 j'entends son pas, 
un pas d'homme pressé, 
son mat sur goudron mouillé. 

  Dans le même temps, 
un petit garçon arménien souffle ses bulles de savon
qui éclateront juste
quand l'homme se mettra à rire, 
par saccades diffuses,  
des graines de lin  
 tombées 
dans un bâton de pluie. 
 



               




 



mercredi 13 avril 2016

L'oeil protecteur



Sous les semelles de mes escarpins
les arbres moussent,


Je porte un œil à mon poignet
coloré au cobalt et à l'opale
d'un bleu profond,
l'oracle des cœurs ou
une diablerie qui dilate le ciel
et que j'attrape quand
se lèvent le vent et
l'inattendu.






 

mardi 12 avril 2016

Brautigan



"Compte tenu du peu de temps dont nous disposons
pour vivre et penser aux choses,
je consacre un délai à peu près correct à ce papillon.
Personne ne sait si l'expérience
mérite d'être tentée
mais c'est mieux que de rester
les mains dans les poches,
je continue à me dire."

Richard Brautigan