"Désirant et sidérant, si possible..." dit-elle.


"Désirant et sidérant, ...si possible !" dit-elle.

samedi 30 avril 2016

Les feux de la misère








 Sur le côté de la vitre, près de la portière,
Tu vois…
…des entrelacs de fils, 
des ferrailles tordues ou des croix, 
pareil, c’est pareil, 
des linges qui durcissent au vent, 
des morceaux d’étoffes t’es pas sûr, 
plutôt des fantômes d’oiseaux, 
des ailes d’oiseaux déchiquetées, 
des lambeaux de matières organiques, 
ce qui reste d’un bec, d’une patte, 
ou bien l’ongle d’un doigt. 
Une tente à deux pas des voies ferrées. 
Une, ou bien deux, 
des hommes dessous, 
et le bruit des trains pour tuer celui du froid. 
Ils font des feux. 
Tu as lu quelque part qu’ils faisaient des feux,
tenaient leurs mains au-dessus d’un brasero, 
qu’ils s’en brûlaient les chairs, 
leurs peaux noires après presque toujours, 
la peau noire toujours sur la blessure, 
même après le froid et le brasero, 
la même blessure encore brûlante, 
même après le printemps, 
toujours le noir dans la peau, 
qui ne lâche rien de la peau, 
tache toute la paume et le charnu des doigts, 
trace une sorte de nuit et du froid, 
quand même c’est plein jour dans l’été qui brûle, 
un feu venu d’en-haut cette fois, 
mais au creux des mains 
toujours une braise carbonisée et des cendres, 
comme une encre folle.


Texte extrait de "Seulement la vie, tu sais" 
éd. Rafaël de Surtis
mon recueil paru en 2013










                                                         
                                                             
      

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