"Désirant et sidérant, si possible..." dit-elle.


"Désirant et sidérant, ...si possible !" dit-elle.

jeudi 31 mai 2018

Issue, entrée ou sortie ?




Le jour passe de guingois dans une moiteur fiévreuse,

un temps de mousson qui rince la peau, complique chaque geste.

Quelques pensées s'arrêtent un peu sous les paupières, on les retient, 

puis leur défilement reprend comme on sombre. 

Où dérivent alors les images rejetées de la conscience ? 

Cherchent-elles une issue, une entrée, une sortie ?


Le petit chat dort dans ses pattes. Demain, je le jure, je serai sur pied comme les fleurs dans le grand vent, le monde sera léger, et le ciel sera rouge !









jeudi 19 avril 2018

Les abeilles





Chemin, provoc du coeur tendre, doute. 
Route et déroute, et vivre. 
Se rendre. Je me rends !
Tu chercheras la ruche en haut des arbres,
tu grimperas en rappel le long du tronc.
Tu te demanderas pourquoi le miel
goutte à goutte à l'envers jusqu'au ciel,
dans la lenteur qui chuchote
ton reflet dans une flaque d'eau,
un bâteau en bois dans les mains ?
Je fais les pieds au mur
pour retourner l'image,
et tremper tous mes doigts
dans le corps des abeilles.

jeudi 5 avril 2018

Éclats de verre





Faudrait reconnaître le vertige
et dresser une alarme à la peine, 
soubresaut des nerfs,
ou frissons sur la peau.

Faudrait une lumière quelque part pour les impasses
et manques,  les manques, absences ou défauts à la roulette,
un clignotant orange, une sirène ou bien deux, 
quelque chose qui déblaie les p'tits coquelicots
qui font des ronces.

Un sentier vers la mer, les cheveux s'évadent.
Pas un souffle pour sauver le vent 

Faudrait un système de défense, 
pour la nuit, une lampe verte, 
une loupiote, qu'importe !  

Croire au sable sous les doigts
qui ne ramène pas plus à la paix 
que des éclats de verre sur un carrelage.



lundi 2 avril 2018

La mer, la danse





L’image contient peut-être : 1 personne, enfant et gros plan


" Il va de soi que la mer que vous entendez au loin ne se trouve pas dans le coquillage que vous appuyez si fort contre le pavillon de votre oreille tandis qu'elle devient toute rouge et brûlante. Mais il ne s'agit pourtant pas d'une erreur. Il y a une phylogenèse qui sourd sans fin du fond de votre corps, il y a des millénaires de millénaires. La mer est perdue dans votre oreille comme la danse est perdue dans l'autre monde."
Pascal Quignard, L'Origine de la danse, Ed. Galilée
page 53
Photographe : Edouard Boubat




mardi 27 mars 2018

Parole de (5)





On n'attend rien du ciel, on regarde son miroir dans un mirage, 
une flaque de soleil perdue dans les rides de son visage.
Parfois, à travers la fenêtre de la cuisine, on montre du doigt un oiseau frileux accroché aux branches du laurier rose, et on cherche les mots qui parlent sans inquiétude. C'est toujours le passé qui allume son regard quand le hibou veilleur rechigne à rester à sa place au milieu du jardin. Sagement. 
Mais rien n'est sage. 
Et le corps plie. 
Et l'esprit se dissout. 
On assiste à la nuit sans rien saisir des noirceurs qui la forcent. 
On fait glisser les ombres, l'une après l'autre, sur la toile déchirée de sa mémoire. Qui sourit encore. 

Elle dit : Téléphoner, j'y arrive pas.


Bagdad-Bagdad | Salah Al Hamdani, Abbas Ali Abbas



C'est une histoire inouïe, forte et belle !
Est-ce que que toutes les histoires humaines recèlent leur part de hasard, de douleurs et de beautés ? C'est que les chemins ont des trajectoires heurtées, et des passerelles sur lesquelles quelquefois les êtres se rencontrent.
Voilà ce qui est, voilà ce qui existe, disent mes mains et mes yeux.
Voilà le livre, voilà l'espoir qu'ils ignorent encore sur le chemin d'enfance et de la guerre de deux enfants irakiens. Et Salah Al Hamdani et de Abbas Ali Abbas se revoient peut-être encore jouer dans la même terre ocre, près de Bagdad, celle dont ils ne se sont pas séparés, pas vraiment séparés.
Ici. Là-bas.
Comment dire cette distance qui sépare et revient de Bagdad à Bagdad ?
Tant de temps, tant de regards, tant de mots !
Un photographe et un poète, du même village, loin en Irak, se retrouvent un jour à Paris. Se retrouvent, puis se rejoignent, dans un parcours partagé et une création commune.
Leur mémoire alors peut bien se déplier,
et les déchirures reformer les images.







dimanche 25 mars 2018

Luciné, l'enfant lumineuse !


Elle s'appelle Luciné. Elle a bientôt 13 et demi. Bientôt elle ira au collège, en quatrième. Elle est arrivée en France il y a deux mois. Nous nous comprenons par les mains et les yeux, par les mots qu'elle sait déjà inscrits sur un cahier, par des phrases dont elle creuse chaque jour le sens. Luciné veut savoir. Elle formule ses peurs et ses espérances. Toute fragile, elle prend  peu à peu confiance et une espèce de joie naturelle la rend très lumineuse. Elle est de ces êtres qui nous font ralentir le pas. On la regarde, et c'est son désir à être qui nous saisit. Et puis sa curiosité des choses, des rencontres, de ce qui est là et que ses yeux voient. Elle veut savoir. Comprendre. Alors elle pose des questions sur la langue, les livres, un tableau. Elle me demande quand j'ai commencé à écrire, quels livres j'ai écrits, et puis surtout si elle aussi pourrait écrire. 
Un autre jour, elle veut me montrer quelque chose. Et c'est juste incroyable ! Luciné a traduit mon livre "Passage au bleu", dans son entier, en arménien. Elle s'est aidée d'un site traducteur sur internet. Elle a d'abord compris ce que j'ai écrit. Elle a dit : "C'est un peu triste, mais c'est beau." Elle a ensuite, sur un grand cahier, recopié le texte en français et, en son vis-à-vis, noté la traduction. J'ai le cahier dans mes mains et je tiens une merveille. 
Comment te dire, Luciné, mon émotion totale, et sidérée ? 
Tant de pages que je tourne,... tant d'heures de travail, autant dire "tant d'amour" ! 

Je reverrai Luciné bientôt. Elle est partie avec son petit frère et ses parents adorables et très aimants dans une autre ville. Nous nous reverrons, oui. Forcément.
Avant de partir, je lui ai offert un carnet où déposer ses mots, ses mots à elle. 

Merci d'être qui tu es, lumineuse Luciné !