"Désirant et sidérant, si possible..." dit-elle.


"Désirant et sidérant, ...si possible !" dit-elle.

vendredi 27 juillet 2018

Matin du chien



Le sable grince parfois,
ce n'est pas une plainte qui résiste,
pas les pas du promeneur du matin,
ni ses traces , non, 
il y a dans l'air ce qui vient et revient
et on ne sait pas bien quoi,

on ne sait pas bien
ce qui nous glisse entre les doigts,
quand l'aboiement d'un chien
qui courait sur la plage
tout à coup
nous remue.

jeudi 26 juillet 2018

Isabelle Lagny | "Nuit inversée"





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Comment dire la fragilité de la vie ? Comment bâtir des ponts inexpugnables entre les êtres, des parapets contre la violence des temps et "l'inconcevable désordre du monde" ? Comment l'écriture parvient-elle à saisir l'invisible de l'amour ?
Avec "Nuit inversée", Isabelle Lagny nous offre un recueil généreux, amoureux et vivant, dans lequel elle rend hommage aux êtres qui accompagnent son existence. A mesure qu'Isabelle Lagny nous ouvre la porte de son territoire intime, le recueil se peuple de visages. On y rencontre la figure de l'aimé, celle de la mère, des enfants, des amis, et enfin celle de tous les déplacés et des victimes de la barbarie, la vie en ruine.
Tous les poèmes ont ici la justesse de l'éprouvé, et, de l'un à l'autre, ils tissent un maillage tendre et solide afin de préserver les fragilités d'un monde déchiré. Maison de sel, Lucioles de juillet, Nuit inversée,  et le très bel épilogue Fractures de l'air composent une sorte de partition d'écriture. Ce recueil est un lieu bâti de mémoires qui dialoguent entre elles parmi les eaux "des ruisseaux des nuits obscures", "des fleuves décoiffés" et de toutes les mers qui séparent, mais qui également se lient, et relient. Car le sentiment amoureux, pour "la traversée où tu m'embarques à perpétuité" écrit-elle, envahit tout l'espace de la mer et du ciel, des porosités des mondes du dedans et du dehors, des peurs humaines, et, sur ce socle de la précarité de la vie, Isabelle Lagny pose ses mots et élève le poème.
La poésie agit à la façon d'une fenêtre éclairée pour rassembler, vaille que vaille, toutes les forces de vie qui traversent et unissent les hommes. Il faut lire Isabelle Lagny !


 "- Parcours de vies arrachées
Comme la chair des mangues

Pourtant l'itinéraire de nos soucis
Suit la rainure d'une simple feuille de peuplier
Qu'il suffirait de contempler 
Dans son tremblement congénital
Jusqu'à ce que soudain
La vigueur de l'arbre
Nous fasse perdre l'équilibre

Au loin
Il restera le poudroiement
De l'âme
Des lambeaux de ciel
Et un amour invisible



-Le ruisseau de tes nuits obscures
A balisé mon voyage
Suite d'errances où des jambes de femmes
Battent la démesure

Je m'adresse sans cesse à toi
Comme à un phare
Qui s'est égaré le temps d'une vie
Dans ma chambre minuscule
Battue par la respiration agitée
De visiteurs géants



- La marche tournoie, vibrionne
Car le mystère du fleuve n'est pas loin
Ma poitrine se fragmente
A mesure que je dévale la tour
Au-dessus de toi
Toi dont je désire déjà l'obscurité
L'insaissable repère



Isabelle Lagny écrit, et photographie. A côté de son travail d'auteur, elle réalise un travail de traduction de longue haleine avec le poète français d'origine irakienne Salah Al Hamdani dont elle est la compagne.  
Le recueil, publié aux belles éditions Al Manar, est accompagné par trois magnifiques dessins de l'artiste Yousif Naser.






lundi 23 juillet 2018

Aller vers la mer






Tu regardes le loin de la plage et de l'eau, 

un point sur la ligne où se perd le regard.

La lumière te rince toute la peau, toutes tes forces,

et tes propres battements tombent dans la mer.

Tu fermes les yeux.










vendredi 20 juillet 2018

Demain les mouettes





La mer est une idée

dans un coin du ciel

ou dans l'espace d'un cri.

Elle passe comme un oiseau piaille

et se pose n'importe où

en toi.


C'est quand tu fermes les yeux

que le film commence.









jeudi 31 mai 2018

Issue, entrée ou sortie ?




Le jour passe de guingois dans une moiteur fiévreuse,

un temps de mousson qui rince la peau, complique chaque geste.

Quelques pensées s'arrêtent un peu sous les paupières, on les retient, 

puis leur défilement reprend comme on sombre. 

Où dérivent alors les images rejetées de la conscience ? 

Cherchent-elles une issue, une entrée, une sortie ?


Le petit chat dort dans ses pattes. Demain, je le jure, je serai sur pied comme les fleurs dans le grand vent, le monde sera léger, et le ciel sera rouge !









jeudi 19 avril 2018

Les abeilles





Chemin, provoc du coeur tendre, doute. 
Route et déroute, et vivre. 
Se rendre. Je me rends !
Tu chercheras la ruche en haut des arbres,
tu grimperas en rappel le long du tronc.
Tu te demanderas pourquoi le miel
goutte à goutte à l'envers jusqu'au ciel,
dans la lenteur qui chuchote
ton reflet dans une flaque d'eau,
un bâteau en bois dans les mains ?
Je fais les pieds au mur
pour retourner l'image,
et tremper tous mes doigts
dans le corps des abeilles.

jeudi 5 avril 2018

Éclats de verre





Faudrait reconnaître le vertige
et dresser une alarme à la peine, 
soubresaut des nerfs,
ou frissons sur la peau.

Faudrait une lumière quelque part pour les impasses
et manques,  les manques, absences ou défauts à la roulette,
un clignotant orange, une sirène ou bien deux, 
quelque chose qui déblaie les p'tits coquelicots
qui font des ronces.

Un sentier vers la mer, les cheveux s'évadent.
Pas un souffle pour sauver le vent 

Faudrait un système de défense, 
pour la nuit, une lampe verte, 
une loupiote, qu'importe !  

Croire au sable sous les doigts
qui ne ramène pas plus à la paix 
que des éclats de verre sur un carrelage.