"Désirant et sidérant, si possible..." dit-elle.


"Désirant et sidérant, ...si possible !" dit-elle.

dimanche 23 mai 2021

Le blanc

 


 

 

On invente un paysage blanc. 

Pour le lait sur la table, et ce foutu ciel répandu    tap ! tap ! tap !

comme une petite neige qui console le monde.

Pour un peu, on croirait à des vérités aussi sûres que les arbres.

Alors on s’accroche à une branche, à une mousse ou à un souvenir qui

caresse le cœur.

Ou à une phrase bancale, un peu ivre, qui dirait

le blanc, ça colle toujours avec la nuit. 

On appelle le chat



On piétine sur un chemin aléatoire.

On avance, mais quelque chose nous blesse.  

On sent bien que la nuit se déglingue, qu’elle prend les devants  et nous enlise

dans sa propre durée.

Alors on ramasse la lumière qui ricoche dans nos mains, comme une preuve de

ce qui entame.

Nos corps  glissent tout doucement dans la boue des heures et

on bute encore sur ce qui se tait en nous.

On ouvre la fenêtre. On met la radio.

On appelle le chat.

dimanche 16 mai 2021

La nuit dérape


 

C’est la nuit qui dérape, incognito, quand le ciel se répand dans les arbres

et on ne sait pas ce qui s’effondre dans les sillons de la pluie sur la vitre.  

Peut-être que l’étonnement de vivre pèse plus lourd dans nos yeux

quand le vent court sur la verrière, une rumeur de mer, on croirait.

Alors on voudrait que les mots disent la collision de nos existences et des traits

de lumière d’avant le jour.

Et puis dedans, le froid, l’incendie des doigts, un tapage nocturne dans nos

têtes, les pas cassés d’un type fracassé dans une rue trop longue avec des

acacias, des larmes endormies.

On serre le chandail autour de soi.

On a besoin d’un visage et d’un corps sur le sien.


mardi 11 mai 2021

Et si...


 


On sort dans le jardin une fois encore et on compte les ciels tout retournés.

On se dit que la nuit a des yeux de chat, que l’on voit plus loin quand la pluie

verse en nous.

Mais ce n’est pas vrai, on ajuste seulement son regard aux angles morts de nos

mémoires.

Des odeurs de terre remuée se posent sur nos épaules, cajolent nos corps,

et nous marchons dehors comme quelqu’un qui rêve.

Et si nous ne retrouvions plus nos traces dans l’obscurité,

et si nous étions perdus pour toujours…

 


vendredi 7 mai 2021

Même les mots sous les paupières






Après un temps de repli, l’esprit reprend ses droits.

On se rend compte de nos gestes maladroits, comme opacifiés.

On allume une cigarette par réflexe et on aspire une sorte d’hébétude

supplémentaire. 

On voudrait que les bousculades de la pluie sur la vitre ne nous laissent pas,

et que la nuit s’attarde encore sur nos vies.

On se demande comment ça se bricole ce qui reste là, dans une vérité

immuable d’objets et de couleurs : 

- un livre avec marque page, « Le poids du monde » de Peter Handke,

- une peinture de Claude Bellan « La chambre bleue »,

- une tasse bleue sur un plateau blanc,

- un tapis sous nos pieds.

Même les mots sous nos paupières ont l’air de passants hagards

traversant hors des clous.