"Désirant et sidérant, si possible..." dit-elle.


"Désirant et sidérant, ...si possible !" dit-elle.

dimanche 7 mars 2021

Carpe diem sur une pierre

 




La nuit nous restitue. Nous et nos autres.  

On marche dans la maison avec nos ombres, et l’orage ruisselle dans

nos yeux.

On voudrait courir, sauter des barrières jusqu’à la mer, les dunes, là-bas

après la rocade,

se laisser bercer par le paysage comme si c’était lui qui se déplaçait.

On atteindrait à un temps neuf et tout échevelé.

Une algue tremblerait dans son eau, les mouettes deviendraient folles.

 

Avancer.

Tu vois, le paysage est un puzzle. On associe, on relie,

une route et le piano de Carlos d’Alessio, un corps et un autre corps,

puis nos pas livrés/ délivrés et le ciel collé sur toute la figure.

Avancer.

Précaires.

Carpe diem gravé sur une pierre.

 

N’est-ce pas que la mer sans la mer, ce serait juste du vent ?

 


vendredi 5 mars 2021

Pour ralentir le coeur



 

La tempête soulève un auvent quelque part, un moteur tourne à l’envers, 

un brouillard se défait,

et on attrape dans l’air des rêveries sommaires.

Mais comment dire ?

Tous ces mots, tous ces gestes qui nous préservent encore de demain,

de plus tard,

nous éloignent de quand on ne sera plus rien.

On respire. On tient sa mémoire à distance. On s’efforce.

Nos mains sur la table réinventent la pluie qui court sur le trottoir,

les lumières collées aux vitres, à la route, et à soi.


Pour ralentir le cœur,

on se dit que les mots nous devancent toujours,

et que toutes les nuits sont pleines de lunes.

 


mercredi 3 mars 2021

La lune a mille ans

 







Paf ! Bruit sec dehors.

Sur la terrasse, un pot de fleurs vient de tomber et s’est cassé.

La pluie cogne dur sur la marquise.

Sur le seuil de la porte, on ressemble à un escargot, la maison accrochée à soi.

Et on attend comme ça longtemps avant de se replier dans sa coquille.

On est seulement là à regarder le ciel renverser toutes ses misères.

Une douceur soudaine attendrit nos yeux.

On voudrait croire que ce qui se brise ici dans un jardin n’arrive jamais aux

humains, 

que l’orage efface tout, les  peines, l’essoufflement dans les poumons

des mères, l’angoisse qui rompt, et l’envie de mourir.

 


La lune a mille ans. Il est quatre heures passées.




dimanche 28 février 2021

En lambeaux

 







L’esprit ne s’évade pas de son tumulte et la lampe s’inquiète.

Des reflets mauves sombrent dans nos mains.  

On tourne machinalement son regard vers la porte comme si elle devait

s’ouvrir. De quoi avons-nous peur ?

Une ligne de front s’est glissée entre les heures et on ne trouve plus sa place,

seulement une ornière.

Il n’y a pas de réponse à la menace qui nous blesse, ni au froid tout au fond du

ciel.

Bien sûr, un auvent claque sous le vent et les loupiotes flottent dans la rue.

Bien sûr, la table et la chaise restent en équilibre sur leurs pieds.

Bien sûr mais quand même.

Maintenant, la nuit part en lambeaux.


samedi 27 février 2021

Et que toute la gamme des bleus inonde la nuit !

 







Tout à coup on a soif,  d’eau et de promesses,

de beautés qui font mal, et de tonnes de regards suspendus

à l’amour qui nous traîne.

Sauve les rocailles dans le jardin.     

Et nos pensées se perdent, se rattrapent,

à des linges, une dentelle, un lac de sable là-bas.

On sent sa peau frissonner de baisers.  

Tout tremble à l’intérieur, le sourire de la vie,

un shopping du printemps, ou quoi d’autre ?

Du soleil sur du verre.

 

Laisser le ciel ne rien déranger aux monticules de vent dans les arbres.

Vouloir plus que tout le desserrement des ronces dans la fraîcheur.

Et que toute la gamme des bleus inonde la nuit !

 


vendredi 26 février 2021

La ferraille

 





On ne démêle pas le vrai du faux, ni le poids de l’ombre sur la lumière.

Sur le carreau, on suit le trajet des gouttes de la pluie. Lent et sinueux.

On cherche bizarrement à lire cette manière d’écriture,

à déchiffrer une vérité des choses et on ne sait pas quelles sont ces choses.

La nuit nous égare sur un chemin imprévu,

le silence est un simulacre.

Une marche d’escalier grince, une porte claque,

et un bruit de ferraille nous mord le cœur.




jeudi 25 février 2021

On ne raccorde rien à rien

 




Par moment la pluie s’essouffle, et on en lèche l’humidité sur nos lèvres

Une voiture passe dans la rue. Un passant, ou bien deux.

Alors on écoute, aux aguets d’un mot qui se serait perdu,

d’un mot ou bien deux, qui parleraient tout bas.

On invente des petites lumières dans les voix, un éclat de rire fragile,

peut-être un bégaiement, peut-être une plainte.

On ne raccorde rien à rien.

Une existence, un cœur qui bat, du sang dans les veines.

Qui diront quoi alors de ce que nous sommes vraiment,

de nos gestes du matin et de ceux du soir ?

De nos regards et des mots que nous ne disons pas ?

De ceux aussi que nous taisons ?