Paradis bancal | Brigitte Giraud
"Désirant et sidérant, si possible..." dit-elle.
"Désirant et sidérant, ...si possible !" dit-elle.
mercredi 8 avril 2026
"La tentation des combles" | Dominique Boudou | éditions Fables fertiles
lundi 9 mars 2026
"Les arbres écrivent aussi"| Dominique Boudou, Cédric Merland
Les yeux sont des éponges à mots et des boîtes à images. C'est ainsi que Dominique Boudou et Cédric Merland ont cheminé ensemble dans le recueil. Car c'est bien de chemin dont il s'agit. De la terre qui porte les hommes en ses commencements "dans les premiers silences du monde", jusqu'aux paysages qu'elle dessine, esquissés par les convulsions géologiques et les grands ciels.
On ne se souvient ni des bêtes ni du vent pour peindre nos mémoires reculées. Peut-être que les déchirures anciennes et toutes celles qui viendront arrachent nos protections, et que, dans les échappées mélancoliques du regard de Dominique Boudou, notre propre regard peut naître à son tour. Nous devenons alors nous-mêmes des promeneurs, nous levons les yeux. L'inquiétude peut un moment se dissoudre.
L'écriture de Dominique Boudou dit le mystère des présences et des ombres, révèle les matières organiques, les aplats des lumières. Elle s'attarde sur une trouée de nuages, le passage d'un oiseau ou le petit peuple des écorces, et c'est tout un inventaire sensoriel qui saisit le corps.
"Il y a tant de coulisses entre les images. Entre le noir et le blanc."
Car le corps est convié à chaque page, dans chaque nuance entre le dehors et le dedans, l'effondrement du monde et le frisson de l'enfance, les tremblements des arbres, les aphtes du ciel, la peau du paysage et les peurs qui se glissent jusqu'au bout des pieds.
L'arbre est témoin, l'arbre témoigne. Il demeure quand la pierre s'effondre, il écrit, il parle de notre propre anthropologie, de nos fragilités collées à ce qui vit, de l'amour qui comble et qui trébuche. Il est réceptacle de tous les questionnements : Et si l'univers n'était qu'une vieille histoire que les hommes se sont racontée depuis la nuit des temps ? Et si l'horizon se perdait dans sa ligne de fuite ? Qu'avons-nous écorché de l'écorce ? Que laisserons-nous de notre passage sur cette Terre ? Faut-il donc beaucoup de sagesse pour saisir quelque chose d'un paysage !
mardi 3 février 2026
Des renforts pour l'âme
Allégorie de la vie.
"Quand recevrons-nous des renforts, mon âme ?"
Je me souviens que j'écoutais cela il y a longtemps.
Dans un précipité de mélancolie, de lucidité, et de mots à bec de lune ?
J'ai grandi avec eux. Les mots encore et toujours.
Se faire tout petit, roulé en boule pour avoir moins mal,
Les mots pour pleurer.
Quand s'ombrent les jours, est-ce qu'une lumière s'éteint derrière la porte ?
Souviens-toi du son et de la voix qu'on embrassait comme des fous.
Crois-tu que les renforts viendront ?
Quand plus rien ne peut être sauvé.
L'étreinte
Parfois on s'arrête sur des images.
D'une telle beauté ! D'une telle force !
Elles viennent nous chercher, les images.
Et lentement, elles s'imposent, dans cette langue que l'on comprend avant de réfléchir.
Et puis on se souvient.
mercredi 21 janvier 2026
la pluie vacille
Le vent est une masse besogneuse
qui bégaie la franchise des ombres
détraquées
la pluie vacille et
coule sur ma peau
dimanche 14 décembre 2025
Lui, Dominique-Emmanuel Blanchard
Il est parti dimanche matin, ailleurs, un peu plus loin du monde. Ce 7 décembre 2025.
Je ne sais pas comment faire avec ce lointain-là. Je ne sais pas.
Juste que le chagrin fait mal et qu'en dissiper l’amplitude ne sert à rien.
Un petit bout de moi s'en va en même temps que lui
et les mots sont étroits.
Sans doute n'ont-ils pas la force d'être bavards.
Tant de livres, de vidéos, de musiques, tant d'images, de petits crème, de
cigarettes, tant de lieux, Bordeaux, Paris, Alger, Claouey, la mer et le sable
filé entre les doigts.
Des dates sur un calendrier,
Des allers et des retours. Des naufrages et des incandescences.
Des grands bras, je te dis.
On pourrait croire à une parenthèse ouverte du temps.
Est-ce qu'on marche toujours dans ce qui s'éteint, et vient encore ? Oui, bien sûr, bien sûr.
C'est un souffle du vent, ou juste l’ombre d’un souffle de vent, qui attendait dans la mémoire.
Une respiration.
Comme si, de l autre côté de la rue, il m'offrait tous ses mots, dans ses mains.
Ce qui ne peut s'écrire.
A présent, il laisse ici ses revues et ses livres, ceux qu'il a édités et
ceux qu'il a écrits, ses amis, ses amours.
Il laisse là ses rires et sa voix, un fond de Martini rouge,
Léo ferré Amour/Anarchie, Duras, Proust et les autres,
son chapeau.
J'imagine pour lui des beautés folles, des taches vertes et bleues sur l’océan,
des mouettes, des cerfs-volants longs, et des bourrasques informes
comme la part d'ombre qu'il faut vivre.
Toi, tu auras traversé ma vie longtemps, follement, douloureusement.
Nous nous sommes tant aimés.
On voudrait bien détendre le cœur et son chagrin qui ricoche sur les arbres,
grimpe sur les toits,
et saute par-dessus nos vies.

