"Désirant et sidérant, si possible..." dit-elle.


"Désirant et sidérant, ...si possible !" dit-elle.
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lundi 19 février 2024

Rimbaud prénom Arthur

 

 

Rimbaud suffit à lui tout seul. C'est une valeur sûre. Qui donc n'aime pas Rimbaud ? Qui même oserait le dire, tant il est adulé, collé sur les murs des villes, sur des cartes postales, des tee-shirts, des "mugs"... On boit Rimbaud comme du p'tit lait. Et quelle force des vers ! Quel séisme dans la langue !

Alors je me demandais bien pourquoi se faire appeler Arthur signifiait que ça allait "barder grave". C'est pourtant un prénom dont j'aurais volontiers baptisé un enfant. Un nom de poète, ça ne pose pas en soi n'importe quel décor psychique !

- Merde alors ! elle a dit. Ca fait une heure que je suis là... Va se faire appeler Arthur, lui, tu vas voir ! (Dans la file du supermarché, la mère parle avec sa copine. Elle trépigne d'impatience au bout de son téléphone portable qui ne répond pas. Elle s'inquiète. Elle fulmine. Elle se demande...)

Moi aussi, je me demande. Parce qu'immédiatement, je pense à Rimbaud, aux silences, aux nuits, aux vertiges, aux intransigeances ardentes, aux Illuminations, au voyant, aux rêves de feu et aux chutes amères, au poète de sept ans, au dormeur du val, à la musique, au bateau ivre, à un café qui porte encore ce nom... à l'envol des sens.

Et puis voilà ! Cette femme bat à plate couture toutes mes divagations. Je sens que ça va guerroyer dans la chaumière quand le petit rentrera. Arthur, au secours !!!!

Alors je me suis renseignée. J'avais raison, ça sent bien la guerre, la Seconde Guerre Mondiale même, et l'occupation.  Et le couvre-feu qui avait été fixé à 20h.


Le nom ''Arthur'' est une déformation de l'allemand ''acht uhr''' (''vingt heures !'') que les patrouilles ennemies criaient aux retardataires éventuels.

Bon ! Finalement, je suis rassurée. Arthur, le mien, son bateau et ses dérives, sont ailleurs.

 

vendredi 8 mai 2020

la nuit encore






Une ombre des rideaux sur ta joue
te rend vivante
à la surface de la nuit
et dessous.


Tu écoutes le battement d’une porte contre un mur.
Mentalement, tu fais l’inventaire des pièces de la maison,
des ouvertures, des fenêtres. 
Où est la porte ? Et le mur ?


Tu penses la nuit comme un ravin
dans lequel tombe le temps.


Et puis toi, corps radeau, corps bateau,
Flottant. 





Tu voudrais fermer les yeux et sombrer
dans un rêve de colchiques.




mercredi 6 mai 2020

La nuit encore

   




Tu dis que la nuit ressemble à une longue robe
de soie bleue abandonnée sur un fauteuil,
aux nuages qui font de grandes batailles là-haut,
à la chair des rêves devenus fous,
à des mots étouffés par le tic tac des pluies,
à des couleurs violentes et aux bruit quand ils lacèrent l’esprit,
à un tohu-bohu qui respire,
aux oiseaux qui piaillent sur la mer.
Tu dis aussi qu’elle rassemble tous les silences
dans ton corps.
Mais rien n’est juste.

Tu ne sais pas pourquoi tu imagines
une égratignure sur la peau.

jeudi 31 mai 2018

Issue, entrée ou sortie ?




Le jour passe de guingois dans une moiteur fiévreuse,

un temps de mousson qui rince la peau, complique chaque geste.

Quelques pensées s'arrêtent un peu sous les paupières, on les retient, 

puis leur défilement reprend comme on sombre. 

Où dérivent alors les images rejetées de la conscience ? 

Cherchent-elles une issue, une entrée, une sortie ?


Le petit chat dort dans ses pattes. Demain, je le jure, je serai sur pied comme les fleurs dans le grand vent, le monde sera léger, et le ciel sera rouge !









samedi 21 octobre 2017

La naissance de Rimbaud et la pluie




  20 octobre 1854, c'est la naissance de Rimbaud. C'est de là que tout est venu.

Je me suis demandé s'il pleuvait aussi ce jour-là. Puis je me suis demandé si la perception d'un arbre en pluie modifiait quelque chose à la perception que je pouvais avoir du monde, et je me suis dit que oui. Je ne sais pas bien dire pourquoi, sinon les circonstances, sinon l'environnement, sinon quelques voix, quelques mots qui ne s'effaceraient pas.

Je me suis demandé si un non-choix de circonstance devenait, à un moment, un vrai choix, et quand donc en était le point de basculement. Un non-choix est toujours un choix de circonstance. C'est la circonstance qui décide en quelque sorte... Mais le premier mouvement du premier arpège musical, il passe où ?

L'arbre est un arbre. La pluie ne le transforme pas, mais elle transforme  la perception que j'ai  de cet arbre, donc, pour moi, il n'est plus un arbre tout à fait comme les autres. Il s'anime, par la perception que j'ai  de la pluie, à ce moment-là, et de l'arbre au moment de cette pluie.Mais quand est-ce que la mutation a vraiment lieu ? C'est-à-dire, quand est-ce qu'elle commence à avoir lieu, la nouvelle perception de l'arbre et de la pluie ? On ne sait pas cette frontière, sauf si on observe bien l'arbre, couler doucement de lui-même.

Alors, à force d'observer la pluie, les coulures des branches et des feuilles, je me suis demandé s'il était possible de décider de la frontière. Et ça, je ne le crois pas. Je crois, (aussi sûrement que le cri de Rimbaud a existé, ce jour-là, qu'il ait plu ou non) qu'il est vraiment impossible de suivre exactement la ligne de la frontière de la frontière.

 Les liens sont tissés trop étroitement. Ca fait des noeuds partout. Les points de raccordements, ce sont eux, ficelés à pleurer dans le bois d'un arbre. Il n'y a rien à y faire. Il ne pourrait se produire qu'une répétition du schéma initial : infiniment, un cri.

samedi 18 juin 2016

Le jour comme la pluie dégouline


Le jour comme la pluie dégouline
une éternité d'eau sur les trottoirs sur les parkings
rien n'est droit sur l'autoroute qui va au bout de quoi
essouffler la pensée 
     une femme crie dans une chambre
    dit qu'elle a mal au bras qu'elle veut mourir
    celle qui marche sans fin ressemble à une jeune fille 
    frêle aux cheveux très longs très blancs 
    les vieillesses ici ont mille ans et des misères
    elles se taisent sauf les yeux

le jour dégouline comme la pluie
une éternité de désirs sur les trottoirs sur les parkings
qui cherche à dire 

   la justice est terrible   debout et toute blanche
   les nuages ont des yeux verts 
   un oiseau laisse tomber son chant dans une flaque d'eau
   si seulement je pouvais peindre un visage triste
   une voix danse dans une cabosse
   remplie de sentiments
   le regard pour des mots
   indéchiffrable aux lèvres   


jeudi 21 janvier 2016

Tant pis pour lui !







Pour m'amuser en cette journée mondiale des câlins... 

 Le téléphone. Noire, la chambre. C’est lui. Pas pourquoi je pense à Travis en même temps que la sonnerie flingue le silence. "Paris, Texas"  Wim Wenders 1984. 
Deuxième sonnerie. Musique Rye Couder, un envoûtement.  Doit être hypnotique, le désert texan. J’allume la lampe.  Travis marche avec sa solitude, son barda d’histoire d'amour mal fagotée… Troisième sonnerie.  J’hésite à décrocher. Je sais que c’est lui. …mal fagotée et le mal barré qui résiste. La lumière fait mal. 
Deux/trois nuits que Travis avale kilomètre sur kilomètre, obtus, entêté. Faudrait revoir le film. Se rendre compte vraiment, du pantalon qui flotte autour des cuisses, de son air buté, de sa fatigue. Je suis fatiguée. 
Sa voix va m’envahir. Il me dira d’abord des mots simples et doux « Tu dors ?»   Le désir sera presque une douleur. Puis ça déraillera.  Il a le chic de l’aveu qui fait flop. 
Cinquième... Tout est foutu, je le sais depuis.... Deux/trois jours que ça dure, et deux/trois nuits que j’y pense : « c’est quoi Tout ? » 
Je fais semblant de m’embrouiller. Je ne répondrai pas. Fais semblant. Seulement semblant. Me laisser encore le temps d’arpenter mes no man’s land, mes fredaines, mes caprices, mes friches.  « C’est quoi Tout ? »   La question  ne précipite aucune vérité à la conscience, elle … Travis marche de travers. Je crois qu’il va tomber.  … est juste un abri, la question est un abri. 
Tu t’es lassé. Tu m’as aussi démolie avant. Tu m’as flinguée avant. Silence. Travis est tombé. Il est sûrement tombé. 
Finalement, c'est bien fait !