"Désirant et sidérant, si possible..." dit-elle.


"Désirant et sidérant, ...si possible !" dit-elle.

lundi 12 mars 2018

Rencontre avec Salah et Omar | Médiathèque de Gradignan | Printemps des poètes





 Vendredi 2 mars, la médiathèque de Gradignan, sous le signe de L'ardeur du Printemps des Poètes et à l'invitation de Lire en Poche,    a reçu Omar Youssef Souleimane et Salah Al Hamdani.
J'étais la médiatrice de la rencontre.

 "Loin de Damas", le dernier recueil de poésie de Omar a été traduit par Salah et sa compagne le poète Isabelle Lagny et édité par Le Temps des Cerises. Il faut lire "Loin de Damas" !






 Un réfugié irakien et un jeune réfugié syrien pour une histoire d'amitié et d'écriture.
       Là, tout est sa place, tout est juste.



 
Il a été question de lien entre souvenir et mémoire, de séparation avec l'enfance, d'engagement, de langue et de transmission, d'exil et d'émotions, de la vie qui bat le cœur, le traverse et s'attarde.

"Loin de Damas" a fait écho à "Bagdad mon amour", Eluard a embrassé Camus.




Un instant, je me suis demandé si l'insoutenable approché n'avait pas rendu ces deux êtres plus sensibles aux douleurs et aux beautés du monde.  



L'expérience de la résistance et de l'exil imprègne leur écriture. Elles ont d'étonnants points d'harmonie et de parenté.
Comme si le poète devait ne pas se dérober à la langue de la mémoire. Entre là-bas et ici.

                "Le réfugié n'est enterré que dans sa langue.
                Il l'a enterrée comme une graine dans son cœur quand il est devenu réfugié.
                Elle s'épanouira quand son corps s'anéantira et grandira
               grandira au point de devenir une tombe." 
                                                                        Omar Youssef Souleimane

                           "Comme un chien au loin la nuit aboie.
                            Sa voix traverse les marais de l'enfance
                            J'ai oublié mon visage
                            l'écho des puits desséchés
                            la lune de ma mère sacrifiée à la guerre ainsi que la brûlure de ma langue."
                                                                         Salah Al Hamdani



jeudi 8 mars 2018

Omar Youssef Souleimane | "Le petit terroriste" | Flammarion




"Le petit terroriste" est un livre choc, hallucinant et très émouvant.
C'est  le récit de l'éducation violente, en Arabie Saoudite, d'un jeune enfant syrien né en 1987 près de Damas. La famille d'obédience salafiste de Omar Youssef Souleimane y émigre, avant de revenir plus tard en Syrie. Il y suit une éducation coranique, tout en se nourrissant de la poésie d'Eluard et d'Aragon.

C'est le récit de son enfance "éduquée à mort", tout à la fois enfermement et enfer : la religion, la tradition, et les tabous ont élevé autour de lui une vaste prison sous un ciel muet. Dieu ne parle jamais la langue des bourreaux. Il dit : "L' islam est-il la solution suprême de tous les problèmes dans le monde arabe ou bien est-il une partie du problème-même ?"
Les interdits sont pléthores, les plaisirs toujours coupables. Et tout est menace.  La sexualité des adolescents se construit sur la frustration et la culpabilité ; Allah ne pardonne pas à la chair de désirer, d'aimer et de jouir. Omar supporte de plus en plus mal les brimades faites à l'âme et au corps. Comment un adolescent peut-il vivre dans la peur et la terreur permanentes ? Comment ne pas douter un jour de leur légitimité ? On se demande, nous ici le lisant, comment on ne devient pas fou, complètement fou, avec un désir de vivre et des rêves assassinés.

                                                                                      Les fantômes d'Allah
                                                                     Ils ont fait de nos veines des cordes de potence
                                                                     Et vendu l'ombre des palmiers contre un puits de pétrole
                                                                     Comme un cheval qui se débat dans le vide
                                                                    L'orphelin se fond dans le cri du vent

C'est aussi et surtout le récit d'une angoisse, celle que OmarYoussef Souleimane tente peut-être de calmer, écrit à la suite des tueries de Charlie Hebdo. Aurait-il pu être un des terroristes du 11 novembre à Paris  ? Qu'aurait-il pu/dû devenir s'il ne s'était pas affranchi d'une société où la religion se confond avec la vie ? S'il ne s'était pas émancipé de l'idéologie islamiste et sauvé ? S'il n'avait pas, plus tard, sauvé sa peau de la terrible dictature de Bachar el Assad ?

"C'est du coran, dit Omar Youssef Souleimane,  qu'est né mon athéisme". Le cheminement du doute cartésien a pris les contours géographiques du pèlerinage à la Mecque. Omar a 15 ans. Il veut des réponses, il les cherche, il lit sur son ordinateur.  Relit le Coran sous d'autres lampes, sans préjugé,  traversé par la poésie de Paul Eluard, et les écrits de la littérature pré-islamique.  Omar ne sera plus jamais assujetti à un Dieu, il veut être un homme libre. "J'écris ton nom, j'écris ton nom..." Il dit non, un NON total à la validité d'un Dieu qui brûle Eluard, Aragon, les chanteurs, les acteurs de cinéma, les musiciens, et cetera, et cetera.
Il ne croit plus en rien. Le ciel est vide. Le ciel est bleu.

En Syrie, il étudie la littérature arabe à Homs, et il devient journaliste. Forcément, il s'engage contre l'état tyran de El Assad. Il participe activement aux premières manifestations pacifistes qu'il filme. Il écrit. Il est très très vite en danger. Entre 2006 et 2010, il est correspondant de la presse syrienne et publie ses premiers poèmes (Chansons de saisons en 2006; Je ferme les yeux et j'y vais en 2010). L'écriture est son refuge naturel face aux violences vécues.  Il témoigne. Il sait, plus qu' un poète né dans nos démocraties confortables, qu'écrire est un acte subversif et dangereux.
Nous sommes en 2012. Il est recherché par les services de renseignements syriens. Il est clandestin.  Il risque sa vie. Il doit s'enfuir.

                                                                                                          Dans le flot des mirages
                                                                                                                    Le bateau a coulé
                                                                                         Seules les mouettes ont emmené le
                                                                                                                        pays avec elles

Sa terre d'exil ? Ce sera celle de France, la patrie de Paul Eluard, une terre d'espérance et de liberté. Liberté, LIBERTÉ, le premier mot qu'il retient. Omar est donc exfiltré vers la France, ...et nous respirons avec lui ! Il apprend le français et, 2 recueils de poésie et 6 années plus tard, il le parle prodigieusement bien. A Paris, il rencontre Salah al Hamdani, poète irakien réfugié politique depuis 40 ans, et la poète Isabelle Lagny, qui traduisent avec lui son beau recueil poétique "Loin de Damas" qui sera publié aux éditions Le Temps des Cerises. Si Omar écrit en français "Le petit terroriste", dans quelle langue un exilé politique pleure-t-il ?

                                                                                                               En automne 
                                                                                   Le bord des feuilles entaille mon cœur
                                                                                        Un seul arbre fleurit dans l'absence
                                                                                     Irrigué par les murmures de ma mère

La liberté, disait Rousseau dans "Le contrat social" en 1762, n'est pas de l'ordre de l'avoir, elle est de l'ordre de l'être,  et c'est pourquoi elle est inaliénable. L'émancipation des consciences humaines est toujours un gain pour l'humanité.
"Le petit terroriste" n'est pas un récit sociologique, c'est une histoire d'adolescence, les premières pierres posées pour une libération intérieure, et tout l'espace du manque et de la transformation.
Omar Youssef Souleimane est un homme libre qui écrit.

J'ai relu il y a peu de temps ces lignes de Paul Eluard et j'ai pensé à Omar :
"Le poète fait ce qu'il peut... Je ne crois pas avoir écrit un seul poème qui ait menti."


                                                          °                   °                   °




Omar Youssef Souleimane a publié depuis 2012  deux recueils de poésie :  
La mort ne séduit pas les ivrognes, aux éditions L'oreille du loup, traduit de l'arabe par Lionel Donnadieu
 Loin de Damas, aux éditions Le Temps des Cerises, traduit par Salah Al Hamdani & Isabelle Lagny 
Le petit terroriste, édité par Flammarion, a été écrit en français.
























dimanche 17 décembre 2017

Cette façon de


De penser à.  Cette façon de.
Il n'est rien de mieux que la pluie qui bat.
Sur les draps du crâne. 
Toc toc, ça fait, multiplié par dix et par cent.
Mais il ne pleut pas.

Cette façon de penser parce que 
j'entends un chien qui hurle quelque part.
Cette façon de chien de penser à.

mardi 21 novembre 2017

Saisissement




Elle saisit un peu de la couleur 

de l'ombre autour de l'ombre,

un peu du blanc et du noir dedans,

un peu des lignes à rincer.

Les mots sont ainsi,

si vite caillés de sang


et de lait.


samedi 28 octobre 2017

Une voix, des mots.









Une voix, des mots. 

La voix, au-delà des mots, parle toute seule, 


 dit quand même, dit plus fort, dit en profondeur.


C'est pour cela qu'elle ressemble au silence.





samedi 21 octobre 2017

La naissance de Rimbaud et la pluie




  20 octobre 1854, c'est la naissance de Rimbaud. C'est de là que tout est venu.

Je me suis demandé s'il pleuvait aussi ce jour-là. Puis je me suis demandé si la perception d'un arbre en pluie modifiait quelque chose à la perception que je pouvais avoir du monde, et je me suis dit que oui. Je ne sais pas bien dire pourquoi, sinon les circonstances, sinon l'environnement, sinon quelques voix, quelques mots qui ne s'effaceraient pas.

Je me suis demandé si un non-choix de circonstance devenait, à un moment, un vrai choix, et quand donc en était le point de basculement. Un non-choix est toujours un choix de circonstance. C'est la circonstance qui décide en quelque sorte... Mais le premier mouvement du premier arpège musical, il passe où ?

L'arbre est un arbre. La pluie ne le transforme pas, mais elle transforme  la perception que j'ai  de cet arbre, donc, pour moi, il n'est plus un arbre tout à fait comme les autres. Il s'anime, par la perception que j'ai  de la pluie, à ce moment-là, et de l'arbre au moment de cette pluie.Mais quand est-ce que la mutation a vraiment lieu ? C'est-à-dire, quand est-ce qu'elle commence à avoir lieu, la nouvelle perception de l'arbre et de la pluie ? On ne sait pas cette frontière, sauf si on observe bien l'arbre, couler doucement de lui-même.

Alors, à force d'observer la pluie, les coulures des branches et des feuilles, je me suis demandé s'il était possible de décider de la frontière. Et ça, je ne le crois pas. Je crois, (aussi sûrement que le cri de Rimbaud a existé, ce jour-là, qu'il ait plu ou non) qu'il est vraiment impossible de suivre exactement la ligne de la frontière de la frontière.

 Les liens sont tissés trop étroitement. Ca fait des noeuds partout. Les points de raccordements, ce sont eux, ficelés à pleurer dans le bois d'un arbre. Il n'y a rien à y faire. Il ne pourrait se produire qu'une répétition du schéma initial : infiniment, un cri.

mardi 10 octobre 2017

Et puis le jour vient













Des bouffées de nuit dans de fabuleux rouleaux de fumée 
attendent l'éclair.  
Qui foudroie.
Chaque ciel m'enferme dans ses grands bras.

Dehors il ne pleut pas encore. 
On cherche sa brûlure secrète
dans un rêve éveillé
sans début ni fin. 


  

Les mots transportent tant de souffles très bas, 
tant de fontaines.  
tant de sens à éteindre.

Les voix, toutes seules, ont toutes de lointaines justes présences. 


Et puis le jour vient 
où s'écrasait le sommeil.