"Désirant et sidérant, si possible..." dit-elle.


"Désirant et sidérant, ...si possible !" dit-elle.

vendredi 17 avril 2015

Du soleil sur du verre






On réchauffe la parole sans mot vieilli d'absence.

Pagaille et compagnie des annonces,  faits divers en vrac,
un homme dort contre le mur de la bibliothèque
dans un sac la forme d'un corps,
sous l'escalier de secours.


Pensées floues emmêlées
de suppositions d'anticipations
de marges imprévisibles,
un nœud sur l'envers de la toile,
un  serrement d'ailes, un repentir de la trace,
de maintenant ici et de lointain peut-être.

On coud des fragments de ciel sur le ciel,
une ligne funambule.
Tout tremble à l'intérieur,
le sourire de la vie,
un shopping du printemps,
ou quoi d'autre ?
du soleil sur du verre.






 
 
 


 

mardi 14 avril 2015

Ultramarine







Savoir si peu


d'abord une vacuité 
de soi 
dans les gestes
une attente des mots
sur la ligne du matin
qui tiendrait au corps

nos yeux pour le fleuve 
un bras jusqu'à la mer
que nous sauvons

le sang cogne 
au cœur au ventre
une écorchure du vent 
sous l'écorce d'un peuplier 
plié en deux

tu traces dans l'air
un cercle 
avec un bout de bois 
nous sommes le cercle

et l'herbe tremble
désir et aube
n'en finit plus de trembler
en même temps que le ciel
rouge










lundi 13 avril 2015

Toile poétique | Sophie Brassart

                                                         

                                                                    


Hier, Sophie Brassart m'a offert cette encre. L'occasion pour moi de parler de son travail, de la remercier aussi. 
Comment le pinceau dans sa main contient-il son geste sur le papier  ? 
La trace de l'encre sur la toile est émotion, une effraction de l'instant saisie par un mouvement, un seul, une tension toute rassemblée au bout des doigts. 

Elle dit : "Les éléments épousent à dessein leur support : inscrits dans le temps court de la lecture numérique, également dans le flux continu de la création, ils nous invitent au mystère de la vie telle qu'elle se déroule en ses fragments et ses métamorphoses."

Le travail de Sophie Brassart sur son blog "Toile poétique" est une sorte d'éphéméride à feuilleter, encres et poésie mêlées et dialoguant.  Car elle écrit aussi, une poésie délicate, comme des histoires frêles.

Trop d'images alignées
Quelque chose qui fonctionne

Cerveau.mou.entre.nous.ventre.moi
s'agglutinent
comme des histoires frêles
Pour que la joie m'appartienne

J'ai cru qu'il suffisait de sourire
Pour que vole et crisse
le sol au pied fier

J'ai cru qu'il suffisait de marcher

J'ai besoin du vertige 

de l'averse
gagnant le sel obscur
J'ai besoin
du vertige, des vents chauds


de l'épaule contre
l'épaule qui se coule
dans la rue soudain nue


du futur

aux lèvres fortes

Je traverse les pierres


Commune à chaque en chacun


La barrière-ci 


Gît seule

Brise contre brise

La détresse grêlée

Festins et vestiges

Et glisse

- Radieux

L'oiseau de passage

Qu'importe mon nom

Je traverse les pierres

Documentaliste à Paris, artiste-peintre et poète, Sophie Brassart a publié en revues. Elle a exposé dans divers lieux et participé, par ses encres, aux livres de  Karoly Sandor Pallai (ed. Arthéé), de Vincent Motard-Avargues (ed. de la Crypte) et de Fabrice Farre (ed. du Citron Gare).


 Vous pouvez aller visiter son blog : http://graindeble.blogspot.fr/ 






samedi 11 avril 2015

On laisse le temps, mon coeur



Ne dis rien
surtout pas
ne dis rien
suis-moi
ne dis rien
n'aies pas peur
laisse le temps
oublie demain
oublie tout 
ne pense plus à rien, mon cœur !









 





lundi 6 avril 2015

Il court encore en nous





Un paysage d'herbe,        
la vie relevée de terre,
le vertige que c'est !


Voir la mer,
les oyats sur la dune,
nos traces jetées dans le jour,
quelque part.    



Un chien court après sa joie de chien.    
A un moment, il est trop loin,
on le voit pas,
on ne le voit plus. 
Longtemps après tu dis :
"Le chien, il court encore 
en nous."
 
 



 










samedi 4 avril 2015

Là une grue Wallace










  

J'attrape le ciel  
une friche dans son îlot
là une grue Wallace.


Sur l'exact versant opposé
l'ombre devient.


Le corps lâche
des écumes pâles 
sur du velours rouge.

Il se découd.


Les yeux se déracinent
accrochent des mots
aux branches des parures.
"Viens, viens sourire sur ma bouche !"


Comment avoir peur alors
d'un miroir
que l'on casse ?












 






 







vendredi 3 avril 2015

Chut (le monstre dort) | Estelle Fenzy




C'est un récit poétique, d'une écriture serrée, au dépouillé de la langue.
Estelle Fenzy ne garde que les mots essentiels de la douleur du corps, de la sensation, du ravage, de la complicité entre un père et sa fille, ensemble dans ce qui s'effondre et renaît.
C'est un cheminement intérieur, sans concession à la facilité. Une poésie du fragment, simple, sans excès de matière. Le poème tient, c'est tout, dans la traque de la langue, et "la parole tenue".  



Penser vif
écrire simple
crier grand

puisque la vie
ampute 




Chaque instant
gagné

Le temps
peut-être

fait crédit 




Dans ma
Maison sur pilotis
Loin du sel
Mes veines ma langue
Parlent de toi
Tu traverses les fenêtres
A dix mètres du sol




Une fois au large
toutes les tristesses
envoyées par le fond

je saurai

tes fanaux
tes sillages

murmurés contre
mes poignets

  


 Chut (le monstre dort), édité à La Part Commune est le premier recueil de Estelle Fenzy. Il en appelle d'autres bientôt à paraître aux éditions La Porte, et Al Manar.