"Désirant et sidérant, si possible..." dit-elle.


"Désirant et sidérant, ...si possible !" dit-elle.
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vendredi 29 mars 2024

Voilà.

 

 Voilà. On s'allonge sur le canapé. Et...

 

                                                                                      

jeudi 2 décembre 2021

"Choses revues dans Bordeaux ou ailleurs" par Dominique Boudou

 


 

Un nouveau recueil de Dominique Boudou "Choses revues dans Bordeaux et ailleurs" vient de paraître 

aux éditions Aux cailloux des chemins.

Ce sont des textes courts qui constituent le recueil, ou plutôt des trajets, tant Dominique Boudou nous 

embarque avec lui, d'un point à un autre point, avec des repères fixes dans un paysage de coton.  Là où

 l’œil se pose, la librairie Mollat, les quais de Garonne, les rues et toutes les places sont d'humeur

 mélancolique et parfois facétieuse. Le regard de l'auteur imbibe les lieux, pourtant très ordinaires mais

 tout à coup très singuliers. Il les laisse venir. Et devenir. Comme des ébauches oubliées sous l'atelier de

 Giacometti.

De page en page, on se balade dans le périmètre de l'auteur, suivant la ligne du tram B Berges de 

Garonne, de Bacalan au centre de Bordeaux, soit du nord-est au sud-ouest de la ville. En poussant un 

peu, il se pourrait bien que Bordeaux prenne la lumière de Porto ou de Alcalá de Henares, dessinant 

alors une géographie imaginaire où Italo Calvino et Montaigne marchent à nos côtés, où  Emma et 

Mathilde sont à la fois ici et là-bas, tout à la fois réelles et romanesques.

 Il arriverait même que les rues changent de nom comme on porte un nouvel atour qui nous modifie. 

C'est que Dominique Boudou ruse un peu avec le paysage. Pour s'arranger du réel sur lequel il trébuche

 ? Pour se raconter une histoire qui le ferait sourire, avec des personnages venus d'autres histoires, 

"on ouvre ainsi des livres, puisque les livres m'ont appris à marcher" dit-il. Dominique Boudou est un 

marcheur qui observe les choses : une voisine de transport, un oiseau, l'alignement des hangars, l'eau

 qui tremble. Car ces choses également nous modifient. Pourquoi voir cela plutôt que cela ? Pourquoi 

maintenant ? Comment elles nous impliquent ? Dans quelle vie ? Quoi faire avec les choses

L'écriture à la fois simple et ciselée de Dominique Boudou est ainsi faite qu'elle nous remue.  Au fil du

recueil, le lecteur entre peu à peu en résonance avec ce qui chemine sous les mots : le paysage est un 

ensemble plein et vivant, un corps à corps. Et la pensée, en mouvement flottant, traîne ses guêtres, au 

gré des vents et des oiseaux.

Dominique Boudou signe, avec "Choses revues dans Bordeaux et ailleurs", un de ses plus beaux 

recueils. 

                                       X          X         X          X          X         X          X

Extraits

Quand l’esprit s’égare, le corps doit reprendre la main. Le flou des songes peut mener à une dissipation de soi impossible à rassembler. La marche, portée par les mélancolies, creuse des trous sans appui. Je rappelle à moi les plaintes de mes pieds, la raideur de mes jambes, les sifflements sournois de ma fatigue. La ville ne sombrera pas tout à fait, ni dans le passé ni dans le futur. L’illusion du présent la tient debout avec l’écriture.

  

Je prends le tram à l’arrêt New York devant le bureau de tabac. Des fragments de visages et des fragments de murs vont et viennent sur les vitres, traversés par la coulée grise des voitures. Mon regard n’en rassemble pas les contours. Le flou suspend ma présence. Je pourrais disparaître si j’allais jusqu’au terminus. Un reliquat de substance molle entre deux jointures de pierre, bientôt chassé par la lance des nettoyeurs. Mais je descendrai place Gambetta et j’irai voir les livres chez Mollat. Mon corps de papier existe mieux quand je les touche.

 

La ville est un long dépliant que j’étire parfois jusqu’au terminus de la ligne B. Mon corps la perçoit comme une bande de papier dont les marques s’effacent. Les noms des rues et des places me parlent en russe, en espagnol, en portugais

Comment savoir si la vie se trouve plutôt ici que là ?  

 L’instant va si vite. A-t-il vraiment eu lieu ? L’image ne sera pas retenue comme elle a surgi. La mémoire en retouchera les lignes de fuite. Les contours du chien et les aplats du soleil sur l’herbe couchée manqueront de vérité. Le réel est toujours un corps improbable. Presque liquide.

Laisser venir à soi le paysage comme Giacometti laissait venir à lui les ébauches oubliées sous l’établi. Ne fixer le regard sur aucun détail. Maintenir à distance les bruits parasitaires. Mon corps plus léger accueillerait lentement l’autre rive.

 Le passant hésite au bord de la place. Ses gestes ne tiendraient pas la traversée sous la lumière verticale. Le tram qui remonte en chuintant les allées d’Amour le rassure. Il regarde les voyageurs descendre et courir vers la ligne C. Des jambes, des bras, des dos, bien réels dans le réel. Des mèches brunes et blondes papillonnent à nu sur des épaules. C’est la beauté simple des corps. Celle qui inspire depuis toujours les visions folles.  





 


mardi 30 novembre 2021

Claude Bourgeyx, écrivain, peintre, et ami

 


 

Claude Bourgeyx est mort hier. Impensable pensée qui pourtant mord le dedans de la tête. Nous devions manger ensemble, nous voir. A quand remonte la dernière fois ? En mai dernier, en juin ?  On pense au chemin fait ensemble. 

 J'ai rencontré Claude Bourgeyx en 91. Sud-Ouest publiait alors ses petites chroniques mordantes qui me plaisaient, « Nobody's Perfect » je crois que ça s'appelait comme ça, avec des dessins de Roland Breucker. J'avais lu quelques-uns de ses livres, "Les égarements de Monsieur René" et "L'amour imparfait", alors, au culot, je l'ai appelé. J'avais envie de conduire un atelier d'écriture dans ma classe à l'école des Aubiers. Pour donner voix aux enfants qu'on écoutait si peu alors. Ce fut mémorable, bizarrement plein d'adversités de la part des enseignants, et, par un système de vase communiquant, plein de complicité entre nous.  Notre amitié est née là, exactement à ce moment-là.    

Nous ne nous sommes plus lâchés. De loin en loin, de proche en proche, j'ai continué à le lire, fidèle qu'il était au Castor Astral. J'ai suivi ses débuts de peintre, son travail qui s'élaborait dans son atelier et qui me fascinait, ses expositions, (et j'ai été super fière quand il a voulu une de mes toiles chez lui). J'ai vu ses pièces de théâtre au Pont Tournant, au Globe, ou ailleurs à Bordeaux, car ses pièces étaient jouées dans tas de villes. Le théâtre de Label Étoile a mis en scène ses "Écrits d'amour" en France et en Suisse, plus de cent représentations et 2 festivals d'Avignon. Il racontait. L'admirable Claude Piéplu, Anémone ou la tumultueuse Bernadette Lafont. Il m'a fait lire, un jour de l'an dernier je crois, quelques-uns de ses textes de "Chronique de la chambre 3", dont un en particulier qui avait choqué.

 Claude écrivait sur l'enfance et ses tourments, sur les grandes absurdités des hommes, sur nos failles. Et ses personnages, décalés et absurdes comme l'existence, étaient remplis d'humanité. Ils étaient drôles, faussement drôles, et nous embarquait, par son écriture de la précision et sans caricature jamais, dans la folie qui creuse nos vies. Entre rire et silence. Son talent éclaboussait. Et il n'en faisait pas des caisses. Il n'aimait pas l'entre soi et les cercles qui pensent en rond. Il pensait libre.

J'ai filmé Claude Bourgeyx, quelques lectures, des fragments de pièce, ses toiles à l'Atelier i.d. 109, rue Notre-Dame, chez Danièle Bloch-Bourgade, et son univers original me prenait aux tripes, au corps dans son entier, et au cœur.

Ce matin, je suis encore ainsi, saisie au cœur par le choc de sa disparition et ce qui me manquera désormais : sa présence quelque part dans le monde, sa voix au bout du téléphone quand il s'inquiète pour moi, et puis nos conversations sur la création, et puis nos vies, nos attentions, nos p'tits riens aussi qui font semblant de rien, parce qu'ils sont juste du vivant et de la tendresse.  

Il était ainsi, vivant et tendre.  

Alors, ...la tristesse trace sa route.

lundi 29 novembre 2021

Sati ou le chat d'un piano sur le coeur



 

 Le vétérinaire a appelé ; il a dans sa clinique depuis dix jours un petit chat trouvé dans la rue. 

Un homme lui a apporté un soir :"Il est perdu et il a froid." Le chaton a été réchauffé, soigné, vacciné. Venez le voir, peut-être qu'il vous plaira. Il est noir et blanc. Il a environ deux mois."

Nous sommes partis en sachant qu'on reviendrait avec le tout petit. 

Nous sommes revenus avec lui, comme emportant avec nous la chose la plus importante sur la Terre. 

Nous l'avons appelé Sati.

Parce que j'aime les Gnossiennes, le chant de l'âme dit-on,  

ou 

le chat d'un piano sur le cœur.

                                                                                           


mercredi 3 novembre 2021

La maison de Ravel (7)

 

Fermer les volets et les portes,

portes en bois, porte en verre,

tourner la clé dans la serrure.

Partir tout doucement, sur la pointe des pieds,

pour ne rien déranger du vide,

et de l'écho du vide.

Il pleut,

un peu.

 


mardi 2 novembre 2021

La maison de Ravel (6)

 

Un enfant est passé dans la rue, 

a fait danser un bâton entre les arabesques de la grille,

et la maison a souri.

 

L'enfant n'a rien vu, il était déjà loin.

 

 

 

lundi 1 novembre 2021

La maison de Ravel (5)

 

Dehors, la maison ressemble à présent à un cube posé dans un jardin où 

des dahlias rouges et jaunes s'obstinent à fleurir quand même.

Pour faire clôture. 


 


samedi 30 octobre 2021

La maison de Ravel (4)

 

Apprendre à laisser derrière soi

les larmes de l'horloge tic tac tic tac

 Tenir le parfum des murs 

dans un mouchoir

 

jeudi 28 octobre 2021

La maison de Ravel (2)

 




 

 Nous sommes assises par terre, toutes les quatre,

autour de boîtes, de photos, de papiers et de choses à défaire.

Les années repliées rendent la lumière fragile. 

Nous sommes des papillons autour d'une lampe éteinte.

 

Et nous. 

Formons un rond, on dirait de famille.

Pour le temps qui nous reste, à être nous ensemble 

toutes les quatre assises par terre,

et celui qui revient, nous vient et nous prend. 

Nous apprend.   

Je ne sais plus trop quoi.

 

On tient dans nos mains, dans nos yeux, 

 des lettres venues d'Allemagne, d'Algérie, d'Indochine,

et loin, de Prusse Orientale, une bande de ciel qui n'existe plus,

sauf ici, 

dans la chambre où nous sommes, toutes les quatre assises par terre, 

comme autour d'un feu, cette fois on dirait bien

et que Joseph écrit, 

à bout de bras.

 

On tient dans nos mains, dans nos yeux,

le mystère de leurs veines, toutes bleues de patience, 

des promesses rabâchées, un vrai chapelet d'angoisses, 

mantra des peurs  à vif.

 

Dans nos mains, dans nos yeux,

les mots d'amour du père, 

 "je t'aime et te désire" il écrivait,

comme jamais il ne l'aura plus fait.

"Dans l'avion, elle a eu peur au décollage, alors je l'ai prise sur mes genoux."

Des tendresses noir sur blanc au dos d'une carte postale. 

 

Dans la brume du lointain,

toujours à y penser,

ce qui déchire le cœur.

 

 

 

mercredi 20 octobre 2021

La maison de Ravel

 


Peu à peu, chaque pièce se recroqueville sur le silence

des murs,

 des pas résonnent encore ici et là, 

ou bien est-ce sa voix qui appelle.


Alors on laisse la lumière faire ce qu'elle veut

dans nos yeux posés sur son visage.

 

 

 



                                                            

mercredi 8 septembre 2021

Lisbonne"s vidéo, en t'attendant



 Ce mardi de l’inquiétude, je trompe l'attente. Avant de retourner à Pellegrin. Te voir / revoir, vite, vite vite !

Ce sera ma première vidéo avec Adobe Pro. Sur un ancien fichier d'images de noël 2018 dans lequel Lisbonne resplendit. On arpente ses pavés fabuleux, vieillis d’absences et de mémoires. 

Plus tard, dans le soir, tu me téléphones encore. Tu dis que tu l'aimes drôlement. "et plus que ça'.  


samedi 17 juillet 2021

La nuit bleue


 

 

Ton œil caresse la colline et les bois,

une tête de chat, un cheval, trois moutons et une biche que nous avons appelée avec de grands gestes lents,
avant de glisser dans l'eau
et de regarder flotter le soleil.

dimanche 22 novembre 2020













On voudrait bien ce desserrement des ronces dans la fraîcheur 
en bas du ciel 
on voudrait bien lever les yeux 
quand la terre absorbe le cœur la tête et les joues 

on voudrait bien marcher la nuit 
sous les néons de la mer 

 






  

mercredi 21 octobre 2020

A ma mère

Tu es partie doucement ce dimanche 11 octobre 2020.

Tu es enterrée ce vendredi 16 octobre.

A toi, écoute !

 




samedi 26 octobre 2019

François Mauget, never mort



On doit se forcer pour y croire, François est mort.  
Mon ami, notre ami est mort seul, accidentellement et de façon très absurde ce mardi 22 octobre, un jour d'après pluie, dans les bois autour de sa maison.  
Le chagrin, soudainement, prend beaucoup de place, les yeux pleurent. 
Il bougonnerait un peu, mais il ne nous en voudrait pas, lui le tendre, le râleur émotif, l'espèce d'Indien de la vie.  
On aurait tout à coup bien besoin d'utopie, et dans une vision magnifique, de faire encore dialoguer le monde avec la poésie. 
Car c'est bien ce qu'il a fait durant une quarantaine d'années, François, en créant le théâtre des Tafurs, ces vagabonds des premières croisades dit-on, voire les mendiants des mots qui bousculent et remuent toute la tête.  
François était un amoureux des mots, de la poésie, de la prose poétique, de ces formes qui disent les humanités humbles, les révoltes profondes et les espérances violentes et fabuleuses. Il attendait d'être saisi.  Une façon d'  intégrité, je crois bien, née peut-être de ses origines et de ses premiers rêves d'un théâtre populaire, ouvert sur le monde et toutes ses vies dedans. 
 La poésie ne pouvait pas, pour lui, être réduite à l'étriqué du livre, il la sortait dans la rue, dans les musées, les bibliothèques, dans les collèges, les lycées et  les écoles, dans les théâtres, sur une barque à la Base sous-marine, sur les places. 
En 1999, "Demandez l'impossible" portera le Printemps des Poètes à Bordeaux. Je me souviens. Je me souviens des spectacles, de Valérie Rouzeau, Pirotte,  Thierry Metz, Salah Al Hamdani, Antoine Emaz, Max Rippon, Mohammed El Amraoui, Lionel Bourg... Tant d'autres encore, tant d'autres, que j'ai souvent filmés. 
Derrière le texte, il y avait un auteur, un être qu'il voulait connaître. Avec lequel souvent un lien amitié se tissait et durait. Il y avait une histoire humaine, et le partage d'instants complices qui resteraient.
Je me souviens aussi de mon émotion au Marché de Lerme, en 2005, quand il a mis en voix et en espace, avec le musicien Etienne Rolin, mon texte "Des ortolans et puis rien". De nos rencontres. De son idée de la spirale, de la déambulation, du mouvement.
Et ça marchait !
Il nous emmenait avec lui, François, nous embarquait serait plus juste, avec sa voix, sa fougue, ses rages, sa passion, et son amitié.
Créer faisait ciment. Ça marchait !
Puis il y eut le mystère des affiches. Un de mes textes, une photo. Tous les quinze jours, les murs de Bacalan se couvraient de poésie. On partait seau de colle et balai à la main, en deux équipes de choc. Pour finir une année plus tard en une soirée expo-poétique et lecture au Garage Moderne. 
C'était audacieux, gonflé. La poésie résistait de manière essentielle.
 

"Un théâtre de la parole", il me disait. En 2011, nous avons monté ensemble "L'avenir dure longtemps", un projet gigantesque, une aventure artistique autant qu'un chantier social, qui nous a tenus près d'une année. Il venait à la maison une ou deux fois par semaine.  J'écrivais et sa perception du metteur en scène me guidait. Nous parlions beaucoup, avancions par étape. Lui, il marchait  de long en large dans la cuisine, actionnant je ne sais quelle mécanique intérieure. Je le regardais penser.
 - Hé François, tu veux pas t'asseoir un peu ?  
 Nous avons été présents au Festival Nomade. Pour la bonne cause. La pièce a été jouée au Glob et à la  Maison Cantonale pour un spectacle à voix multiples, un truc assez dingue, quand on y pense. 
Voilà, c'était comme ça, François rendait les gens vivants. Quelquefois un peu plus heureux en découvrant l'attrait des mots, ou redressant, du loin de leur carcasse, les vieilles espérances qu’ils y avaient enfouies. 
Nos cafés me manquent, et puis son rire, sa manière d'écouter, de pas embrasser du bout des lèvres pincées, sa liberté d'être au milieu des médiocrités toujours à rôder, sa tendresse de mauvais garçon, sa part d'enfance.  Le théâtre des Tafurs me manque. Présidente des Tafurs, je trouvais que ça avait de la gueule ! 
François arpentait la langue, (les lacets toujours défaits, ça me faisait rire),  lisait beaucoup, découvrait, et d'une idée l'autre, d'un étonnement à une admiration, un désarroi peut-être, "putain que c'est fort !",  ça marchait ! 
 De là peut-être son penchant pour les terres lourdes à gravir, les bois et les ruisseaux, et tous les paysages à modeler dans le vent. 
 - Hé François, tu veux pas t'asseoir un peu, 
             un tout petit peu encore avec nous ? 


  

Mes pensées toutes particulières vont ce soir à sa compagne, à ses très proches, aux comédiens et musiciens amis, et à tous ceux qui l'ont aimé. 

Une soirée hommage aura lieu mardi 29 octobre à partir de 19h au Glob théâtre à Bordeaux.  

vendredi 19 juillet 2019

Téléphone






Tu traces sur le papier le trajet de sa voix.

Tu l'écoutes et ta main bouge. Des ronds.

Des concentriques de points au stylo bille.

Le téléphone te conduit.

Pas vraiment un dessin, 

juste un galimatias de signes et de traits.

Des tags de ronds infiniment

saisis au creux des mots, tout au fond.

Tension, confusion, fusion.

Un visage apparaît toujours mais

pas vraiment les yeux,

pas seulement la bouche,

pas assez les cheveux, trop les cheveux, 

juste une ressemblance que tu prends pour.

Tu penses "quelqu'un est là."

Peut-être que ta main sourit à la voix.

Peut-être que la voix penche.

Peut-être que les mots trébuchent,

 et veulent, 

veulent encore.

 Avec du bleu, un peu de bleu

pour les veines de la peau,

sous la peau,

par-dessous l'informe et mal foutu,

yeux bouche et cheveux 

comme une semelle.

Tu te demandes pourquoi

 la voix est un puits

ou un bout de peau douce ?



lundi 10 septembre 2018

Pour ralentir le coeur





Nous sommes amas de lignes brisées,
écorchures de temps de sorcière
qui éclaboussent les trottoirs.

Mes mains inventent mille fois la pluie sur les boulevards,
les lumières collées aux vitres, aux fenêtres, 
à la route et à soi,

pour ralentir le coeur.




vendredi 27 juillet 2018

Matin du chien



Le sable grince parfois,
ce n'est pas une plainte qui résiste,
pas les pas du promeneur du matin,
ni ses traces , non, 
il y a dans l'air ce qui vient et revient
et on ne sait pas bien quoi,

on ne sait pas bien
ce qui nous glisse entre les doigts,
quand l'aboiement d'un chien
qui courait sur la plage
tout à coup
nous remue.

lundi 23 juillet 2018

Aller vers la mer






Tu regardes le loin de la plage et de l'eau, 

un point sur la ligne où se perd le regard.

La lumière te rince toute la peau, toutes tes forces,

et tes propres battements tombent dans la mer.

Tu fermes les yeux.










lundi 2 avril 2018

La mer, la danse





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" Il va de soi que la mer que vous entendez au loin ne se trouve pas dans le coquillage que vous appuyez si fort contre le pavillon de votre oreille tandis qu'elle devient toute rouge et brûlante. Mais il ne s'agit pourtant pas d'une erreur. Il y a une phylogenèse qui sourd sans fin du fond de votre corps, il y a des millénaires de millénaires. La mer est perdue dans votre oreille comme la danse est perdue dans l'autre monde."
Pascal Quignard, L'Origine de la danse, Ed. Galilée
page 53
Photographe : Edouard Boubat