"Désirant et sidérant, si possible..." dit-elle.


"Désirant et sidérant, ...si possible !" dit-elle.

lundi 9 mars 2026

"Les arbres écrivent aussi"| Dominique Boudou, Cédric Merland


 

"Les arbres écrivent aussi" est un livre qui se lit et se regarde.  

Les yeux sont des éponges à mots et des boîtes à images.  C'est ainsi que Dominique Boudou et Cédric Merland ont cheminé ensemble dans le recueil. Car c'est bien de chemin dont il s'agit. De la terre qui porte les hommes en ses commencements "dans les premiers silences du monde", jusqu'aux paysages qu'elle dessine, esquissés par les convulsions géologiques et les grands ciels.               

On ne se souvient ni des bêtes ni du vent pour peindre nos mémoires reculées. Peut-être que les déchirures anciennes et toutes celles qui viendront arrachent nos protections, et que, dans les échappées mélancoliques du regard de Dominique Boudou, notre propre regard peut naître à son tour.  Nous devenons alors nous-mêmes des promeneurs, nous levons les yeux. L'inquiétude peut un moment se dissoudre.    

L'écriture de Dominique Boudou dit le mystère des présences et des ombres, révèle les matières organiques, les aplats des lumières. Elle s'attarde sur une trouée de nuages, le passage d'un oiseau ou le petit peuple des écorces, et c'est tout un inventaire sensoriel qui saisit le corps.       

 "Il y a tant de coulisses entre les images. Entre le noir et le blanc." 

 Car le corps est convié à chaque page, dans chaque nuance entre le dehors et le dedans, l'effondrement du monde et le frisson de l'enfance, les tremblements des arbres, les aphtes du ciel, la peau du paysage et les peurs qui se glissent jusqu'au bout des pieds.                          

L'arbre est témoin, l'arbre témoigne. Il demeure quand la pierre s'effondre, il écrit, il parle de notre propre anthropologie, de nos fragilités collées à ce qui vit, de l'amour qui comble et qui trébuche. Il est réceptacle de tous les questionnements : Et si l'univers n'était qu'une vieille histoire que les hommes se sont racontée depuis la nuit des temps ? Et si l'horizon  se perdait dans sa ligne de fuite ? Qu'avons-nous écorché de l'écorce ? Que laisserons-nous de notre passage sur cette Terre ? Faut-il donc beaucoup de sagesse pour saisir quelque chose d'un paysage !              

 Et le promeneur n'en finit pas de relever son col sur sa mélancolie, page après page, marche après marche. Il entend des cavaliers venus du fond de la route, alors l'espoir devient possible. Sans plus la retenue des gestes et des mots, sans plus de concession à ce qui nous bouleverse.                                                                                                                                                 Avec ce recueil, Dominique Boudou est aussi  poète de l'infra-ordinaire, de ce qui, imperceptiblement, façonne nos existences et les grandit. Les magnifiques photos de Cédric Merland sont des points d'entrée à l'écriture, la profondeur des noirs et des blancs entre en résonance avec le texte. La conception graphique de Julie Chiarandini-Bolioli donne cohérence au dialogue des images et des mots sous le regard attentif de l'éditrice Isabelle Dugied.                                                                                                                                                                     La vidéo réalisée par mes soins (et avec soin) permet d'entendre la voix de Dominique Boudou sur quelques fragments de son texte et de voir quelques photos de Cédric Merland. Vous pouvez, si le cœur vous en dit, vous  procurer le livre en suivant le lien ci-dessous.  

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