Les yeux sont des éponges à mots et des boîtes à images. C'est ainsi que Dominique Boudou et Cédric Merland ont cheminé ensemble dans le recueil. Car c'est bien de chemin dont il s'agit. De la terre qui porte les hommes en ses commencements "dans les premiers silences du monde", jusqu'aux paysages qu'elle dessine, esquissés par les convulsions géologiques et les grands ciels.
On ne se souvient ni des bêtes ni du vent pour peindre nos mémoires reculées. Peut-être que les déchirures anciennes et toutes celles qui viendront arrachent nos protections, et que, dans les échappées mélancoliques du regard de Dominique Boudou, notre propre regard peut naître à son tour. Nous devenons alors nous-mêmes des promeneurs, nous levons les yeux. L'inquiétude peut un moment se dissoudre.
L'écriture de Dominique Boudou dit le mystère des présences et des ombres, révèle les matières organiques, les aplats des lumières. Elle s'attarde sur une trouée de nuages, le passage d'un oiseau ou le petit peuple des écorces, et c'est tout un inventaire sensoriel qui saisit le corps.
"Il y a tant de coulisses entre les images. Entre le noir et le blanc."
Car le corps est convié à chaque page, dans chaque nuance entre le dehors et le dedans, l'effondrement du monde et le frisson de l'enfance, les tremblements des arbres, les aphtes du ciel, la peau du paysage et les peurs qui se glissent jusqu'au bout des pieds.
L'arbre est témoin, l'arbre témoigne. Il demeure quand la pierre s'effondre, il écrit, il parle de notre propre anthropologie, de nos fragilités collées à ce qui vit, de l'amour qui comble et qui trébuche. Il est réceptacle de tous les questionnements : Et si l'univers n'était qu'une vieille histoire que les hommes se sont racontée depuis la nuit des temps ? Et si l'horizon se perdait dans sa ligne de fuite ? Qu'avons-nous écorché de l'écorce ? Que laisserons-nous de notre passage sur cette Terre ? Faut-il donc beaucoup de sagesse pour saisir quelque chose d'un paysage !
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