"Désirant et sidérant, si possible..." dit-elle.


"Désirant et sidérant, ...si possible !" dit-elle.

mardi 11 mai 2021

Et si...


 


On sort dans le jardin une fois encore et on compte les ciels tout retournés.

On se dit que la nuit a des yeux de chat, que l’on voit plus loin quand la pluie

verse en nous.

Mais ce n’est pas vrai, on ajuste seulement son regard aux angles morts de nos

mémoires.

Des odeurs de terre remuée se posent sur nos épaules, cajolent nos corps,

et nous marchons dehors comme quelqu’un qui rêve.

Et si nous ne retrouvions plus nos traces dans l’obscurité,

et si nous étions perdus pour toujours…

 


vendredi 7 mai 2021

Même les mots sous les paupières






Après un temps de repli, l’esprit reprend ses droits.

On se rend compte de nos gestes maladroits, comme opacifiés.

On allume une cigarette par réflexe et on aspire une sorte d’hébétude

supplémentaire. 

On voudrait que les bousculades de la pluie sur la vitre ne nous laissent pas,

et que la nuit s’attarde encore sur nos vies.

On se demande comment ça se bricole ce qui reste là, dans une vérité

immuable d’objets et de couleurs : 

- un livre avec marque page, « Le poids du monde » de Peter Handke,

- une peinture de Claude Bellan « La chambre bleue »,

- une tasse bleue sur un plateau blanc,

- un tapis sous nos pieds.

Même les mots sous nos paupières ont l’air de passants hagards

traversant hors des clous. 


mardi 4 mai 2021

Aussi vrai que la nuit

 





Car tout résonne trop fort dans l’hystérie du silence.

Chaque mouvement, chaque soupir,

même un roulement d’eau dans une tuyauterie,

même une rumeur de pluie,

même un frisson d’oiseau détourné du sommeil.

Ecoute !

Tout ce qui s’écrit ici est aussi vrai que la nuit.

 

Croire aux cartes routières qui nous guident.

Passer un chiffon sur la surface de l’humanité.

Penser que tous les chuchotements, d'une bouche à une autre bouche,

vivent d’insomnies recommencées.


mercredi 28 avril 2021

On met de la musique








La nuit s’est abimée dans le bruissement des arbres.

Elle voudrait se taire, et laisser toute la place à la pluie sur le monde.

Elle a blanchi d'un coup. 

Sous la lampe, on apprivoise mieux l'obscurité,

les ombres s'effondrent sur le lit, et creusent des abîmes où coucher encore

des rêves flous. 

Des couleurs se mélangent et glissent très lentement du bleu au vert, du vert

au rouge.

On se cogne mille fois au rouge. 

 

Mais qu’importe ! On est chez soi, à se faire tout petit, tout petit,

les mains entre les cuisses,

comme si on avait froid, comme si on avait mal. 

Mais ce n’est pas vrai, on ramasse seulement la nuit.

Alors, entre le monde et soi, on met de la musique.

 


mercredi 21 avril 2021

Peu importe


 

Nos regards serrent la fragilité de la nuit lâchée dehors, comme une bulle

qui monte dans l’air. 

 Ecoute !

Si au moins il existait un mot pour dire

« Je suis là, avec mes déchirures,  des paragraphes entiers de bazars qui

s’échappent de ma tête, et mon cœur de guingois. » 

On sait bien qu’à chaque fois, c’est pareil. Une poche de souvenirs nous

traverse et nous vide. Alors on allume une cigarette qui nous sauve.

 

Dans la rue, les herbes penchent au passage du tram, la ferraille grince.

La terre absorbe la pluie, et des pas deux par deux -tip ! tap !- se perdent dans

un brouillard. On voudrait être un cerf-volant par-dessus les maisons,

les antennes de télévisions, les décharges, les mélancolies.

Mais on n’attend rien, on se promène juste dans les ombres d’un petit jour qui

tarde, et peu importe les angles morts, si c’est l’immensité qui glisse.

 


dimanche 18 avril 2021

Où la paix désire






 

Est-ce que toutes les pensées s’embourbent dans la glue des traces ?

Comment ne pas s’approcher de ce qui nous abime ?

Se tenir à l’écart des paniques qui nous rompent ?  

Tu dis qu’une rumeur de mer pourrait écraser toutes tes forces.

 

Parfois c’est comme ça,

on ne sait pas pourquoi ce qui nous comble, tout à la fois nous terrifie.

Alors, on pose ses gaucheries sur le drap, et on reste là,

dans une clairière où la paix halète, et respire, et délire,

et désire.

jeudi 8 avril 2021

Nous dans les pluies on pataugeait


 



A l’étage de la maison, une porte claque. 

On ne répond pas à ce qu’on prend pour une colère venue Dieu sait d’où.

On dessine seulement sur nos visages une ligne d’ombre,

sans d’inquiétude, je te dis, puisque la nuit est notre enclos,

et qu’elle couche dans nos mains. 

On pourrait embrasser son corps, sa bouche et toute sa figure.

Lui parler tout bas avec des mots tendres. 

Redevenir l’enfant qui inventait des histoires d’amour à dormir debout.
 
Nous dans les pluies on pataugeait